Vous voilà partie, loin de nous, Là, sur l'autre rive, où nous irons tous, un jour. Je suis triste, mon cœur se remplit d'un amer chagrin, Car sur mon modeste chemin, Vous étiez, "chère Madame", une lueur dans mes sombres jours.
Je n'ai pas eu la chance, le destin s'amusant allégrement de nos nécessaires rencontres, De vous voir sur un plan purement physique, Mais grâce au ciel, qui nous prodigue avec parcimonie l'essentiel pour l'évolution de nos âmes, Je vous ai lue pour ne pas dire "bue", enivrée de vos mots, comme ceux d'une amie et même davantage, d'un guide qui a fait quelques pas de plus… Ceux qui se gagnent, non pas par la force si ce n'est intérieure, mais dans une infinie expiration, Celle qui laisse une place à la vie, à son flux et reflux…
Combien de fois, me suis-je éclipsée, chère Madame, auprès de mes compagnons de vie, Pour me retrouver, enfin, seule avec vous, captive de la richesse de vos douces passions, de vos deuils, de vos justes révoltes, de vos paroles de sagesse… Il est vrai, que je ne vous ai pas rencontrée Mais je me suis imprégnée totalement de la puissante et douce harmonie de vos mots, Cette réelle nourriture de l'âme.
Que notre rencontre fût faite à un autre niveau, j'en suis certaine. Vous étiez le beau reflet d'une spiritualité incarnée dans la pudeur, la grâce, la ferveur, l'intelligence du cœur, la modestie, la passion. Oui, "chère Madame", vous m'avez conquise
Vous êtes partie loin de notre monde matériel Mais votre lumière restera à jamais Puisqu'elle est une partie de cet infini, Que vous avez laissé croître en vous,
Je sèche mes larmes et vous remercie "chère Madame" D'avoir été le temps d'une vie Christiane Singer